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Voyage en ascenseur : Des personnages vrais et attachants

 

Bien évidemment chaque spectateur se met à penser que cela pourrait lui arriver et c’est la raison pour laquelle cette situation l’interpelle et le tient en haleine. Que ferions nous à leur place ? Quel personnage est le plus proche de nous ?

Cette pièce de Sophie Forte s’inscrit dans le registre « comédie» mais nous fait vivre des temps forts plein d’émotion, de poésie, de tendresse et d’humanité. Corinne Touzet que l’on ne présente plus, interprète avec brio cette bourgeoise, citadine hystérique, naïve, drôle et parfois pathétique, face à Jean-Erns Marie-Louise, excellent comédien, que nous retrouvons souvent sur le petit écran.

Il joue ce petit employé africain, discret, calme et réfléchi.

Claustrophobe, Juliette hurle, s’agite, parle sans arrêt, n’a aucun moment de répit, son angoisse monte au fil de la pièce, et malgré cette situation stressante, nous rions nerveusement comme elle.

Moctawamba lui au contraire s’économise, demeure stoïque, méthodique, ne parle qu’à bon escient et tente de ne pas être déstabilisé par l’hystérie de cette mondaine. Chacune de ses répliques sont des maximes africaines emplies de sagesse. Ainsi pour tenir, ils doivent impérativement dormir.

Juliette panique et ces formules toutes faites venant tout droit de l’Afrique l’horripilent. Dans les premières heures, les préjugés raciaux fusent de temps à autres, les vieux clichés ont la vie dure. Ce ne sont pas des propos à proprement parler violents mais des tournures de phrases maladroites vis à vis des hommes de couleur.

Le racisme demeure bien vivant.

Sophie Forte démontre que l’homme habitué à une vie plus spartiate est plus résistant. Moctawamba, d’origine africaine, peut s’allonger à même le sol pour dormir, peut boire l’eau du seau du ménage…

Il a le cuir dur, la route qui l’a conduite de son village africain à Paris a été rude, la vie ne l’a pas épargné, aussi surmonte-t-il mieux les épreuves : La faim, la soif, la peur. Juliette femme oisive, habillée en Dior et Chanel vivant depuis son enfance dans un cocon douillet est totalement désemparée physiquement et psychologiquement.

Peu à peu les barrières sociales vont tomber, chacun découvre l’autre. Juliette comprend que si elle s’en sort, elle le devra à la présence rassurante de Moctawamba, à ses conseils, à ses chants à sa poésie ; Ce dernier n’est pas qu’un homme de ménage, sous son vêtement de travail se cache un véritable poète, un homme au grand cœur. Juliette ouvre enfin les yeux sur sa propre existence, sur ceux qui l’entourent : son mari, ses enfants, ses parents… Si elle sort vivante de cette cage, elle ne sera plus la femme de, mais une femme avec sa propre identité.

Lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrent enfin, ces deux êtres sont rayonnants. Ils ont partagé ensemble les heures les plus intenses de leur vie . Le cours de leur existence ne sera plus jamais pareil.

Cette grande leçon d’humanité rejaillit sur nous tous.

Merci à nos deux comédiens absolument fantastiques, empreints d’une grande sincérité et qui se donnent à fond physiquement et émotionnellement durant 90 minutes. La mise en scène réalisée par Anne Bourgeois est également remarquable, elle projette sur grand écran les rêves les plus fous de ce duo en captivité .

Longue vie à « Voyage en ascenseur ».

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